La (mauvaise) hypothèse du « Nouveau Front » ?

Par Jean-René LAGET, Directeur des publications

Bientôt « NF » plutôt que « FN » ? Le feuilleton de la « rebaptisation du Front National » est l’un de ceux qui durent le plus outre celui de la « dédiabolisation » au sein de la principale formation de l’Extrême Droite française.

Après le « RN » pour « Rassemblement National » lors des Législatives de 1986 puis comme double nom de groupe parlementaire lors de la VIII ème Législature (2 Avril 1986 au 14 Mai 1988) et qui est désormais le nom d’une formation politique indépendante de tout « lepenisme », se situant entre le RPF et le FN, après l’éphémère RBM pour « Rassemblement Bleu Marine », après « ARN » pour « Alliance pour un Rassemblement National » déposé à l’INPI en Janvier 2012, après « Parti Patriote » d’inspiration Buissonienne, après « Les Patriotes » … qui n’est autre aujourd’hui que la formation de Florian PHILIPPOT, après « NFN » pour « Nouveau Front National » ou encore « SN » pour « Solidarité Nationale » faisant à la fois trop proche de S&P (Solidarité et Progrès de Jacques CHEMINADE) et de Réconciliation Nationale (Soral et Dieudonné) c’est désormais… « Nouveau Front » qui est envisagé sans pour autant être confirmé. 

Il est vrai que la ficelle a déjà été utilisée à l’époque par l’UDF qui s’était rebaptisée en… Nouvelle UDF (Novembre 1998) sous prétexte d’absorber quelques petites formations centristes, ce que le FN a déjà plus ou moins fait depuis 2012 avec le RBM même si ces dernières d’Extrême Droite apparaissaient plus « maison » qu’autre chose. 

Les spéculations médiatiques reposent surtout sur le nom de la tournée de la patronne du Front : « tournée Marine en avant pour un Nouveau Front », sur quelques déclarations au cours de cette tournée mais aussi sur la question du changement de nom dans un questionnaire adressé aux 51.000 adhérents à jour de cotisation. 

Ce « Nouveau Front » qui fait tant couler d’encre… Capture d’écran visuel tournée MLP. 

Deux obstacles majeurs à l’utilisation de ce sigle :

La première (et pas des moindres), c’est l’ombre du Menhir, son père et fondateur de son parti, Jean-Marie LE PEN, celle qui lui sera plus pesante que jamais en ce début d’année 2018 et ce pour plusieurs raisons : 

exclu du parti en Août 2015 à la demande de sa fille à la suite de sa récidive sur la Shoah, le Député Européen a contesté devant la Justice son éviction et notamment celle de sa Présidence d’honneur du parti. La Cour d’Appel de Versailles devra d’ailleurs se prononcer sur le sujet le 9 Février 2018 (Edit du 09/02/18 : il a gardé sa présidence d’honneur et a fait savoir qu’il se rendra au congrès, y compris avec l’aide de la « force publique » alors que le Secrétaire Général du FN Steeve BRIOIS a déjà dit que l’accès à celui-ci lui sera interdit) juste avant le 16° Congrès du parti les 10 et 11 Mars de la même année où les adhérents devront se prononcer sur la suppression… de la fonction de Président d’honneur. 

Le doyen de la vie politique française, pas en reste, sortira le 1er Mars 2018 chez l’Editeur Muller (plutôt spécialisé dans les mémoires de Guerre) le 1er tome de ses mémoires qui promettent d’être explosives : 500 pages (ou presque) allant de sa naissance le 20 Juin 1928 à la Trinité-sur-Mer jusqu’à la fondation de son parti avec l’aide d’Ordre Nouveau : le FN, le 5 Octobre 1972. 

Il sera dans un premier temps tiré à 40.000 exemplaires et un deuxième est d’ores et déjà prévu pour 2019… année des Européennes où l’élu européen sortant essayera sans doute de se faire réélire mais sans pouvoir bénéficier du soutien du FN : probablement avec ce qui reste des Comités Jeanne ainsi qu’avec l’UDN (Union de la Droite Nationale : Parti de la France de Carl LANG, MNR fondé par Bruno MEGRET et NDP fondé par Robert SPIELER). 

Outre les querelles familiales actuelles, le leader historique du FN n’a jamais caché son agacement quant à l’idée de changement de nom qu’il imputait jadis… à Florian PHILIPPOT : 

« le nom FN a un mérite rare dans cette famille politique : c’est la pérennité ».

C’est d’ailleurs suite à ce nouvel affrontement familial (et familial politique) qu’un autre problème pourrait revenir comme un boomerang dans la figure de la Députée d’Hénin-Beaumont : sa nièce, Marion MARECHAL-LE PEN.

Un autre problème, sautant moins évidemment à l’esprit (et pourtant…) est que le sigle « NF » fait déjà allusion à deux choses :

une norme de certification plus ou moins officielle (comme « NF Environnement », norme dépendant du groupe AFNOR)

et au mouvement politique de la députée européenne Michèle ALLIOT-MARIE (Nouvelle France) qui à notre avis se rangerait difficillement de côté pour faire plaisir au FN qu’elle a toujours combattu. 

Nouvelle France, mouvement de Michèle ALLIOT-MARIE

Un changement de nom ? Philippot n’y croit pas (plus).

Cité dans la rubrique « Les Exclusifs » de l’Express N°3468 de la semaine du 20 au 26 Décembre 2017 le Président des Patriotes estimait pour sa part que « (le FN va) considérer que les militants sont suffisamment destabilisés comme ça, qu’il ne faut pas en rajouter ».

Ardent partisan d’un changement de nom du parti lorsqu’il était N°2 de ce dernier, Florian PHILIPPOT estimait cette étape comme « nécessaire » dans la stratégie de dédiabolisation du parti et qu’il aurait déjà du en changer après les Départementales de 2015 qui n’avaient pas été à la hauteur des espérances.

Wait and see…